• La maison d'excavation en voie d'achèvement est ici photographiée avec le fleuve Mackenzie en arrière-plan. Letitia Pokiak mesure l'emplacement d'un artefact sur ​​l'alcôve arrière de la maison. À gauche et à droite, on peut voir les alcôves latérales, et le tunnel d'entrée s'étend en pente descendante vers la rivière. (Photo : Max Friesen)

Pour de nombreux Inuits, il faut comprendre le mode de vie des aînés et des ancêtres pour bâtir un avenir où se conjuguent le meilleur du présent et du passé.

Les archives archéologiques cachent certains indices du passé — objets abandonnés, perdus ou jetés au fil de 5000 ans de vie quotidienne dans l’Arctique préservés par le pergélisol.

Malheureusement, les effets du changement climatique menacent ces archives, et les archéologues et les Inuits collaborent pour les conserver. « Le changement climatique a de profondes répercussions sur les sites archéologiques de l’Arctique », dit l’archéologue Max Friesen (Université de Toronto). « Cela entraîne érosion côtière en raison de plus grosses tempêtes, dégel du pergélisol et montée des océans. La zone la plus touchée est le delta du Mackenzie. Certains sites archéologiques ont déjà disparu. »

Friesen travaille étroitement avec le Centre des ressources culturelles Inuvialuit (les Inuvialuits sont des Inuits de l’Arctique de l’Ouest) et a survolé la côte en hélicoptère pour repérer les sites archéologiques les plus importants et les plus menacés afin de les sauvegarder.

À Kuukpak, sur le chenal East de la rivière Mackenzie, près de Tuktoyaktuk, il a fait une découverte emballante : une magnifique maison de bois de grève, l’une des plus grandes habitations traditionnelles érigées par les Inuits. Aucune personne vivante n’en avait vu une. « Ce type d’habitation est propre aux Inuvialuits et au chenal East », explique Friesen. « Il s’agit d’une forme emblématique d’une grande importance symbolique pour les Inuvialuits. Et la maison est magnifiquement conservée, littéralement parfaite. »

Il y a environ 400 ans, au moment de la construction de la maison, Kuukpak était un grand camp de chasse à la baleine où les Inuvialuits chassaient le béluga pendant la migration estivale annuelle des baleines. Au total, environ 1000 personnes vivaient à Kuukpak et dans la ville voisine de Kitigaaryuit, alors la plus grande concentration d’Inuits.

Selon les critères inuits de l’époque, les gens de Kuukpak et de Kitigaaryuit étaient riches. Contrairement à d’autres — qui devaient ratisser les plages, s’adonner au commerce ou atteindre la lointaine limite forestière au sud afin de se procurer le bois nécessaire pour fabriquer traîneaux, structure de kayaks et mâts de tente —, ils jouissaient d’un approvisionnement illimité en bois de grève, grâce à la rivière Mackenzie. Alors que l’hiver les autres Inuits vivaient dans de modestes maisons de neige ou des huttes de terre et cuisinaient à l’aide de lampes à huile, les résidents du chenal East passaient la période hivernale dans de spacieuses maisons de bois de grève et cuisinaient à l’aide de feux de bois de grève.

« Cette maison pouvait accueillir 15 à 30 personnes : trois familles qui occupaient chacune une alcôve aux murs et au plafond de rondins », explique Friesen. « Au rez-de-chaussée se trouvait un grand foyer. Vu le bon état de conservation de la maison, on peut déduire son mode de construction et d’entretien. On y trouve une foule d’objets, notamment : os de bélugas, harpons et pointes de flèche, poids de filets de pêche, perles de cuivre et d’ambre, peignes, ulus (couteaux en arc de cercle). C’est incroyable. »

Les Inuvialuits ont accueilli la découverte avec enthousiasme. « Les gens du coin ont montré beaucoup d’intérêt », dit Friesen. « Je crois que cela a touché leur corde sensible. Les aînés ont parlé de ces maisons à leur communauté et des répliques ont même été érigées à Tuktoyaktuk d’après l’histoire orale, mais personne n’en avait vu. Nous avons maintenant le portrait de cet élément d’une importance capitale pour les premiers Inuvialuits. »

L’été prochain, quand Friesen retournera au delta du Mackenzie, il s’attèlera à repérer d’autres lieux éventuels à sauver. En 2016, avec son équipe, il reviendra à Kuukpak pour étudier cette remarquable maison et découvrir encore plus d’indices sur le passé des Inuvialuits que cache encore le pergélisol.

Voici le plus récent billet d’un blogue sur les questions polaires et la recherche connexe présenté par Canadian Geographic en partenariat avec la Commission canadienne des affaires polaires. Le Blogue polaire sera affiché en ligne toutes les deux semaines et certains billets seront publiés dans de prochains numéros du magazine. Pour de plus amples renseignements sur la CCAP, veuillez visiter polarcom.gc.ca.