• La « tente laboratoire » et le presse-spécimen au camp de recherche du projet sur la flore  arctique (Arctic Flora Project) à la rivière Soper

    La « tente laboratoire » et le presse-spécimen au camp de recherche du projet sur la flore arctique (Arctic Flora Project) à la rivière Soper, au sud de l’île de Baffin. Des sacs de papier remplis de mousse sont suspendus à la presse et d’autres se trouvent à côté de la tente. (Photo: J.M. Saarela – Musée canadien de la nature)

Épilobes à feuilles étroites d’un mauve vif, oxyries de montagnes acidulées, et succulents bleuets et camarines noires – voilà quelques-unes des plantes plus connues qui fleurissent pendant l’été court et intense de l’Arctique. Toutefois, nous avons des connaissances scientifiques limitées sur les plantes nordiques et l’incidence des changements climatiques sur la flore, dit Jeffery Saarela, botaniste de la flore arctique. De concert avec ses collègues du Musée canadien de la nature, il tente de combler certaines de ces lacunes.

« Avant de pouvoir comprendre les changements que subissent les plantes arctiques », dit-il, « nous devons d’abord connaître les espèces et leur distribution. »

Saarela travaille avec Lynn Gillespie, ainsi qu’avec d’autres botanistes du musée pour colliger un nouveau catalogue botanique de l’Arctique canadien – le tout premier document de référence à documenter les plantes vasculaires (dotées de racines, de feuilles et de tiges) de toute la région.

Leur ambitieux projet mise sur 200 ans de collections botaniques. Certaines d’entre elles, comme la collection arctique de l’explorateur Sir William Parry du 19e siècle, sont le fruit du travail d’amateurs qui ont cueilli des plantes au hasard (la collection de Parry a été découverte fortuitement dans une librairie de Vancouver). D’autres sont le travail d’éminents scientifiques, comme Alf Erling Porsild, botaniste canadien de la flore arctique au 20e siècle.

Depuis 2009, l’équipe du Musée canadien de la nature a travaillé dans l’ouest du Nunavut, l’est des Territoires-du-Nord-Ouest et le sud de l’île de Baffin, et se déplace en hélicoptère, en canot et à pied.

« Nous restons dans une région donnée pendant le mois de juillet », explique Saarela. « Nous campons une semaine à chaque nouvel endroit, nous explorons le sol et constituons une collection de toutes les espèces différentes. Et grâce à notre formation approfondie, nous repérons des choses intéressantes que d’autres ne voient pas. »

Les plantes sont placées dans un presse-spécimen où l’air arctique, très sec, les sèche rapidement. Elles sont ensuite acheminées vers le Sud, au Musée canadien de la nature, aux fins d’entreposage et d’analyse en laboratoire. Elles seront conservées à l’Herbier national du Canada, situé au musée, ainsi que dans d’autres herbiers canadiens et étrangers.

Le projet produit des valeurs de base qui serviront subséquemment à mesurer les changements environnementaux. « Des données probantes démontrent que les arbustes de l’Arctique réagissent déjà aux températures plus élevées », dit Saarela. « Ils deviennent beaucoup plus gros et denses, un phénomène appelé arbustification de l’Arctique. Mais contrairement à ce que l’on entend parfois, peu de signes indiquent un déplacement des plantes vers le nord à cause des changements climatiques. »

Le projet est plus qu’un outil pour mesurer le changement. « Il s’agit de recherches fondamentales pour comprendre la biodiversité au pays », explique Saarela. « Voilà une caractéristique clé du projet qui n’est pas en lien avec les changements climatiques. Chaque voyage compte ses surprises, comme la découverte d’espèces plus au nord ou au sud que ce qui avait été signalé auparavant. Cela change notre compréhension de leurs conditions écologiques de survie et nous montre qu’il y a encore du travail à faire. »

Le travail se poursuit : en juillet 2016, des botanistes du musée recueilleront des plantes près d’Arviat (Nunavut), sur la côte ouest de la Baie d’Hudson.

Les résultats seront en accès libre et affichés en ligne avec descriptions détaillées, images et cartes. « À l’avenir, dit Saarela, les chercheurs pourront voir précisément ce que nous aurons recueilli et établir des comparaisons avec ce qu’ils voient dans la toundra, même dans cent ans. »

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.