• Photo: Mads Peter Heide Jorgensen

    Une biologiste de la vie marine, Corinne Pomerleau, travaille en collaboration avec des chasseurs inuits et des chercheurs du Groenland afin de déterminer comment les baleines boréales de l’Arctique de l'Est du Canada seront affectées par le réchauffement climatique. (Photo: Mads Peter Heide Jorgensen)

Un siècle après que l’industrie baleinière a presque décimé la baleine boréale, celle-ci se compte de nouveau en grand nombre dans l’Arctique canadien. Toutefois, un nouveau défi mettra à l’épreuve la résilience de ces géants gracieux : les changements climatiques. Comment le réchauffement de l’Arctique influencera-t-il l’environnement glacé nécessaire aux baleines boréales et comment s’adapteront-elles? Corinne Pomerleau, stagiaire postdoctorale en biologie marine à l’Université du Manitoba, veut élucider la question.

Pomerleau analyse des échantillons tissulaires pour comprendre où s’insèrent les baleines boréales dans la chaîne alimentaire marine de l’Arctique et comment cette chaîne change. En collaboration avec des chasseurs inuits originaires des communautés d’Igloolik et de Pangnirtung au Nunavut et experts du comportement des baleines, ils utilisent une arbalète spéciale capable d’enlever une petite quantité de peau et de graisse sans faire mal à la baleine. Les partenaires de recherche de Pomerleau de l’Institut des ressources naturelles du Groenland ont fourni des échantillons similaires provenant de leur côté de la baie de Baffin.

Chaque année, fin février, les baleines boréales quittent les eaux bordant l’Île de Baffin pour la baie de Disko (Groenland) pour que leur arrivée coïncide avec l’explosion annuelle de production biologique dans les eaux de la baie riches en nutriments qui accompagne la fonte des glaces. Pendant trois mois, les baleines se régalent de copépodes arctiques, un minuscule zooplancton riche en gras. « Les baleines boréales doivent manger en quantité énorme pour combler leurs besoins énergétiques », explique Pomerleau. « Cet immense apport énergétique annuel est essentiel. » En mai, une fois le banquet terminé, elles retournent à Baffin.

Pomerleau a recours à des marqueurs biochimiques — isotopes stables et acides gras, qui circulent inchangés dans les plantes et les animaux — pour cerner l’origine exacte des aliments ingérés par les baleines afin d’élucider leur rôle dans la chaîne alimentaire. Elle établit ensuite des corrélations avec diverses conditions environnementales, comme la température de la surface de la mer, ainsi que l’étendue et l’épaisseur de la glace de mer.

Les baleines boréales sont parfaitement adaptées à un environnement glacé, dit Pomerleau. « Elles utilisent la glace. Pour échapper aux épaulards, elles se cachent sous la glace avec leurs baleineaux. De toutes les baleines, elles ont la couche de graisse la plus épaisse et leur peau aussi est très épaisse — elles peuvent briser la glace. Même leur nourriture est en lien avec la glace, car le cycle de vie des copépodes dont elles se nourrissent dépend de la glace. »

Pomerleau précise que la glace à la baie de Disko se retire plus tôt au printemps et avance plus tard à l’automne et, conséquemment, la saison de glace de mer se raccourcit. « Au fil du réchauffement de l’eau et de l’intensification de l’influence de l’Atlantique dans la baie de Baffin, les copépodes arctiques pourraient se retrouver plus au nord et être remplacés par des copépodes d’eaux plus chaudes qui sont plus petits et moins riches en lipides. »

Quelles sont les conséquences pour les baleines?

« Les baleines boréales sont résilientes », dit Pomerleau. « Leur espérance de vie peut atteindre 200 ans et elles ont connu bien des changements par le passé. Elles semblent bien s’adapter jusqu’à présent — leurs populations sont en hausse —, mais dans l’Arctique, le rythme du changement est rapide et nous ignorons encore comment cela touchera les baleines. »

Selon Pomerleau, les données de base recueillies actuellement sont essentielles, car elles constituent un point de référence pour établir des comparaisons au fil du suivi des baleines boréales dans les années à venir. « Cela nous permettra de comprendre comment cette créature emblématique, une véritable spécialiste des glaces, réagira aux changements dans son environnement. »

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.