• Ce phoque annelé, muni d’un transmetteur, sera bientôt relâché dans l’océan. Le transmetteur enregistrera les mouvements de l’animal pendant l’automne et l’hiver, mais il tombera lors de la mue du poque au printemps. (Photo: David Yurkowski)

Si vous avez froid, disent les chasseurs inuits, mangez un peu de viande de phoque — vous serez étonnés de constater à quel point cela vous réchauffera. La viande de nattiq (le phoque annelé) est un aliment de base dans les communautés inuites de la côte, et les couturières inuites sont renommées pour les bottes, les mitaines, les pantalons et les manteaux qu’elles créent à partir de sa fourrure. Les familles profitent aussi du revenu tiré de la vente de ces articles.

Les Inuits ont constaté des changements dans l’abondance du phoque annelé et souhaitent en connaître la raison. Leur nombre est-il à la baisse, ou est-ce plutôt que les animaux migrent ailleurs?

David Yurkowski, doctorant à l’université de Windsor, a ouvert de nouveaux horizons par ses recherches sur ces questions. Travaillant avec des chasseurs inuits et d’autres chercheurs dans la baie Resolute, au Nunavut, il fixe des étiquettes émettrices sur des phoques annelés afin d’étudier leur comportement. « Le comportement est lié à l’abondance, explique Yurkowski. Avec le repérage par satellite, nous pouvons suivre les déplacements de chaque phoque individuellement — leur comportement en plongée, où ils vont, comment ils utilisent leur environnement — en eau libre et sous la glace. »

Les travaux de Yurkowski s’inscrivent dans le cadre du projet Ocean Tracking Network, qui surveille différentes espèces marine à travers le monde. Ses collègues étudient le phoque annelé dans la baie d’Hudson, dans l’Arctique de l’Ouest et dans la baie de Melville, au Groenland.

Les résultats ont surpris autant les chasseurs inuits que les biologistes. Alors qu’on croyait auparavant que le phoque annelé n’occupait qu’une aire réduite, les nouvelles données indiquent que certains animaux étiquetés dans la baie Resolute ont parcouru de grandes distances : quatre ont parcouru 2 500 kilomètres vers l’île de Baffin au sud-ouest, alors qu’un autre a parcouru 3 000 kilomètres jusqu’à la baie Frobisher, en passant par le Groenland.

Les phoques se comportent différemment dans des zones différentes, indique Yurkowski, « une situation qui est probablement reliée à la disponibilité de la morue polaire, leur principale proie. La population de la baie Melville reste sur place, parce que les eaux riches en nutriments provenant des glaciers y assurent une productivité biologique élevée — donc, davantage de nourriture. »

Le projet a aidé les chercheurs à développer d’excellentes relations avec les chasseurs inuits. « Ils jouent un rôle de premier plan dans nos recherches, en raison de leur connaissance et de leur compréhension approfondies du phoque », indique Yurkowski. « Ce sont les experts de l’Arctique. » Quant à eux, les chasseurs sont enthousiastes face aux découvertes faites par le projet et aux réponses qu’il pourrait apporter aux questions qu’ils se posent à propos du phoque à la robe argentée qui fait partie intégrante de leur culture et de leur vie quotidienne.

Voici le plus récent billet d’un blogue sur les questions polaires et la recherche connexe présenté par Canadian Geographic en partenariat avec la Commission canadienne des affaires polaires. Le Blogue polaire sera affiché en ligne toutes les deux semaines et certains billets seront publiés dans de prochains numéros du magazine. Pour de plus amples renseignements sur la CCAP, veuillez visiter polarcom.gc.ca.