• Photo: Yinan Chen/Wikimedia Commons

    À Fort McPerson, TN-O, membres de la communauté découvrent que le chauffage avec des copeaux de bois sont moins chers, plus propre et plus sûr que le pétrole. (Photo: Yinan Chen/Wikimedia Commons)

Depuis des millénaires, les Tetl’it Gwich’in, peuple de Fort McPherson (T.N.-O.) au nord du Cercle arctique, brûlaient du bois pour se chauffer. Mais dans les années 1960 et 1970, tout a changé lorsque beaucoup d’entre eux se sont établis dans des maisons chauffées à l’huile construites par le gouvernement. Mais récemment, les Gwich’in ont redécouvert l’usage traditionnel du bois. Ils exploitent maintenant la technologie moderne de la biomasse pour réduire leur dépendance aux combustibles fossiles, créer des emplois à long terme et favoriser leur autonomie.

Lawrence Keyte a étudié les facteurs de réussite de ce projet pour sa maîtrise en développement durable à l’Université Trent. « Dans le nord du Canada », dit Keyte, « les collectivités comptent beaucoup sur les génératrices diesel pour l’électricité et l’huile pour le chauffage. C’est coûteux : les prix fluctuent, l’expédition se fait par bateau ou camion et il y a de lourdes subventions par l’État. Au plan communautaire, cette dépendance envers les combustibles fossiles ne favorise pas l’autonomie et procure peu d’avantages économiques. Les sommes consacrées à l’énergie filent vers le sud plutôt que de rester sur place. »

La donne a changé en 2009 quand Johnny Kay et Richard Wilson, membres de la collectivité, ont assisté à une conférence sur le chauffage à la biomasse — plus économique, plus propre et plus sécuritaire que l’huile, et utilisant comme carburant bois de corde, granules de bois issues de résidus de scierie et copeaux de bois. Inspirés par les possibilités, ils se sont dit que plutôt que d’acheter des granules (le combustible principal des chaudières à biomasse dans le Nord) de Colombie-Britannique ou d’Alberta, il vaudrait mieux utiliser les copeaux de saules à croissance rapide qui foisonnent autour de Fort McPherson. Des gens du coin pourraient s’occuper de la récolte et la région profiterait des avantages économiques. Kay a présenté l’idée à la collectivité et au gouvernement des T.N.-O. qui l’ont adoptée : en décembre 2013, grâce au soutien du gouvernement territorial, la collectivité avait sa propre chaudière à biomasse de 85 kilowatts.

La chaudière contribue à chauffer le bureau du conseil de bande et le centre de santé communautaire (la vente de chauffage au centre de santé constitue une source de revenus pour la collectivité) et les deux édifices utilisent beaucoup moins d’huile. Jusqu’à présent, la chaudière a permis l’embauche à temps partiel de plus de cinquante résidents.

« Le respect des valeurs Gwich’in est la clé du succès du projet », dit Keyte. « Les moissonneurs sont fiers de travailler sur la terre. Les aînés sont heureux de voir la fumée sortir de la cheminée. » Les hommes, les femmes et les enfants Gwich’in ont jadis employé beaucoup de temps et d’énergie à récolter du bois pour se chauffer, s’abriter et s’outiller — la récolte et le travail du bois font partie de leur culture. Et comme d’autres peuples autochtones du Nord, ils cherchent à accroître leur autonomie en s’inspirant de leurs aînés et de leurs ancêtres qui vivaient bien à l’aide des ressources locales et de leur ingéniosité. « L’autonomie suscite la fierté et la résilience, la capacité de composer avec le changement », ajoute Keyte. Cela résonne chez un peuple dont la société a été ébranlée par l’héritage des pensionnats et qui observe maintenant les effets du réchauffement climatique sur la terre et la faune qui leur sont indispensables. « En outre », dit-il, « les Gwich’in comprennent que ce projet croîtra et portera des fruits à long terme, pour leurs arrière-petits-enfants et après. Voilà un exemple de la façon [traditionnelle] de penser sur sept générations. »

Mary Taya, aînée de Fort McPherson, conclut : « Tout ce qui peut faire écho à notre mode de vie, notre culture, notre tradition est positif, car les gens retrouveront leur fierté et leur estime de soi. Notre peuple était si heureux, si fort… alors quand je vois ces projets qui respectent notre mode de vie, je suis comblée et j’ai l’impression que la vie peut suivre son cours. »

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues portant sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada, un organisme du gouvernement du Canada qui vise à approfondir les connaissances du Canada relatives à l’Arctique et à fortifier le leadership canadien en ce qui concerne la technologie et la science polaires. Pour en apprendre davantage, visitez canada.ca/fr/savoir-polaire.