• Photo : Échantillon de sédiments près d'Iqaluit. (Photo: Brad Haltli)

L’antibiorésistance des bactéries néfastes s’intensifie et le temps presse pour l’une des plus grandes réalisations de la médecine moderne : la guérison des infections. Les chercheurs au plan mondial cherchent des solutions et l’un d’entre eux, le biochimiste Russell Kerr, se tourne vers des lieux inattendus — les sédiments boueux de lacs, d’étangs et de platins de l’Arctique.

Kerr dirige le Marine Natural Products Lab à l’Université-de-l’Île-du-Prince-Édouard. Son équipe souhaite découvrir de nouveaux produits naturels d’origine microbienne. « Les produits naturels sont essentiels à la médecine moderne », explique-t-il. « Les microorganismes en produisent beaucoup — 75 pour cent des antibiotiques sont d’origine bactérienne — et il faut découvrir de nouvelles espèces qui pourraient en être la source. » Vu le lien entre biodiversité et diversité des produits naturels, le groupe de Kerr s’est mis à assembler un large groupe de microorganismes issus d’habitats très divers. Il est généralement admis que les tropiques recèlent la biodiversité la plus grande, mais l’Arctique virginal est comparable en matière de microorganismes. Et comme nous n’avons pas autant exploré l’Arctique que les tropiques, c’est l’endroit idéal pour la bioprospection. Les microorganismes de l’Arctique, aptes à survivre dans des conditions extrêmes, y compris le froid intense et l’affouillement glaciaire, pourraient synthétiser des substances tout aussi singulières que les microorganismes eux-mêmes.

Kerr cherche de nouveaux microorganismes au Nunavut avec l’aide du Nunavut Research Institute et de Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), l’organisation qui gère l’Accord sur les revendications territoriales des Inuits du Nunavut. « Nous travaillons étroitement avec NTI », explique Kerr. « Le potentiel de ces recherches et les avantages économiques éventuels ont suscité leur intérêt. »

Des Inuits ayant reçu une formation sur les méthodes d’échantillonnage par les microbiologistes de Kerr recueillent des sédiments marins et lacustres à Iqaluit, à la baie Resolute et à Cambridge Bay. « Nous nous tournons vers les gens du coin pour repérer les lieux d’échantillonnage », dit Kerr. « Ce sont eux les spécialistes des habitats; ils connaissent les lacs, ils savent quand et où se produisent les marées extrêmement basses où la plage est plus exposée. Le Nunavut Research Institute à Iqaluit s’occupe du traitement préliminaire des échantillons et les transmet ensuite à notre laboratoire aux fins de purification et d’analyse. »

Jusqu’à présent, Kerr est emballé par les résultats. « Nous avons découvert des microorganismes inhabituels. Le tiers d’entre eux n’avaient jamais été observés. Nous avons trouvé de nouvelles espèces et possiblement de nouvelles familles — de nouvelles bactéries et moisissures. Nous les analysons pour voir si elles produisent des produits naturels jamais vus et les résultats sont très bons. Nous avons découvert un nouveau microorganisme qui synthétise un antifongique puissant. »

La quête de Kerr de nouveaux produits bénéfiques issus des microorganismes de l’Arctique n’en est qu’à ses balbutiements, mais elle capte l’attention des gens. Un partenaire international important a démontré de l’intérêt pour l’antifongique nouvellement découvert et des parties prenantes déposent des brevets. Selon Kerr, il ne pourrait s’agir que de la pointe de l’iceberg. « Nous ne faisons que commencer à comprendre l’importance de l’Arctique quant aux possibilités de nouveaux antibiotiques radicalement différents, ainsi que de nouveaux médicaments anticancéreux et autres agents. »

Peut-être qu’un jour les médecins feront des ordonnances de médicaments issus de la vie microbienne étonnamment diversifiée des lacs, des étangs et des platins de l’Arctique.

Voici le plus récent billet d’un blogue sur les questions polaires et la recherche connexe présenté par Canadian Geographic en partenariat avec la Commission canadienne des affaires polaires. Le Blogue polaire sera affiché en ligne toutes les deux semaines et certains billets seront publiés dans de prochains numéros du magazine. Pour de plus amples renseignements sur la CCAP, veuillez visiter polarcom.gc.ca.