• Les Falcons, club de hockey de Winnipeg, gagnent la médaille d’or olympique en 1920 à Anvers, en Belgique. (Photo: Temple de la renommée du hockey/Bibliothèque et Archives Canada, PA-050363)

Le roi des Belges espérait que les routes d’Anvers, parsemées de trous d’obus, seraient réparées à temps pour les Jeux d’été de la VIIe Olympiade. Au lieu d’un athlète ou d’un dieu grec, la statue du stade lors du lancement de l’événement principal en juillet 1920 représentait un fantassin belge lançant une grenade. Dans une ville qui avait été assiégée en 1914, puis occupée par les troupes allemandes jusqu’à l’Armistice, en 1918, il n’est pas étonnant que la Première Guerre mondiale ait assombri tous les aspects des Olympiques de 1920. Les Jeux du Canada ont commencé avant la cérémonie d’ouverture, en avril, avec le tout premier tournoi de hockey de l’histoire des Olympiques tenu au Palais de Glace d’Anvers. En remportant la médaille d’or il y a 100 ans, l’équipe canadienne a établi une domination en hockey olympique qui a duré pendant trois Jeux successifs.

Les Falcons de Winnipeg arboraient la feuille d’érable cette année-là. Ils avaient mérité leur place aux Olympiques en tant que champions nationaux de la ligue senior de hockey amateur, ayant vaincu l’Université de Toronto à la Coupe Allan en mars. Issus de la communauté islandaise du Manitoba, les Falcons ont occupé le devant de la scène du hockey à Winnipeg pendant plus d’une décennie. Au printemps 1916, l’équipe presque complète s’était enrôlée dans le Corps expéditionnaire canadien pour servir au sein de l’infanterie, sur le front ouest, tandis que le capitaine de l’équipe de 1920 et future vedette de la LNH, l’attaquant Frank Fredrickson, s’envolait avec le Royal Flying Corps. Une autre étoile montante de la LNH, le défenseur Bobby Benson, avait reçu une balle dans le genou au cours des combats au nord de la France lors d’un précédent séjour en Europe.

Il avait fait beau durant la traversée de neuf jours à Liverpool, à bord du S.S. Melita de la flotte canadienne du Pacifique. Frank Fredrickson était le seul à ne pas pouvoir participer aux Jeux : il s’était blessé à la tête en tombant de son lit sur le navire. L’équipe avait fait un entraînement léger sur le pont — jogging et gymnastique — et avait diverti ses compagnons de voyage par de « l’animation musicale ».

Aux côtés des hôtes, les autres équipes rassemblées en Belgique venaient de la France, de la Suisse, de la Tchécoslovaquie, des États-Unis et de la Suède. La solide équipe américaine était la principale rivale du Canada. Quant aux Suédois, la plupart étaient des joueurs de bandy (jeu où les patineurs se servent de bâtons pour diriger une balle dans un filet) qui n’avaient jamais vu une partie de hockey compétitive, et encore moins joué une partie de hockey.

Le Palais de Glace au centre-ville d’Anvers a été démoli en 2016, mais en 1920, il jouissait d’un orchestre complet et énergique, et il comptait quelque 1 500 places dont la majorité étaient équipées de tables avec vitrine au niveau de la patinoire. « Les spectateurs mangeaient et buvaient pendant qu’ils regardaient les équipes des divers pays jouer au hockey », écrivit W.A. Hewitt, qui accompagnait les Falcons et relatait les événements pour plusieurs journaux canadiens. Les filets étaient non conventionnels — « comme une barrière pliée » — et la patinoire était plus étroite que celles auxquelles les Canadiens étaient habitués. Néanmoins, « les Canadiens affirment que la glace est en excellente condition. »

Le Hockey olympique cette année-là se jouait à sept contre sept, sans remplaçants autorisés, et au cours de deux périodes de 20 minutes au lieu de trois. Dans ce tournoi à élimination directe, il n’a fallu que trois parties pour que le Canada gagne la médaille d’or. Après avoir vaincu la Tchécoslovaquie par un score de 15 à 0, l’équipe canadienne s’est ensuite mesurée aux talentueux Américains. Les soldats de la garnison britannique locale encourageaient les Canadiens et les troupes d’occupation des États-Unis soutenaient leur équipe, alors que le Canada l’emportait de 2 à 0. Le lendemain, les Canadiens ont remporté le championnat en écrasant les courageux Suédois avec un score de 12 à 1. Ce seul but marqué contre l’équipe a fait les manchettes : le gardien de but canadien Wally Byron était si stupéfait de voir une rondelle passer dans le filet qu’il est tombé sur la glace.

Après une morne semaine de visites des champs de bataille de la Belgique, les Canadiens ont pris le chemin du retour et ont accosté sur la côte est à la mi-mai. Fêtés à Montréal et à Toronto, les Falcons ont ensuite été accueillis chez eux, à Winnipeg, par un défilé et un banquet, et des montres en or leur ont été offertes en cadeau. « Sur la glace comme sur le champ de bataille, tel qu’affirmé dans un fier éditorial, le Canada atteint le but recherché. »