Cueillir des baies, les partager et, bien sûr, les déguster — seules ou dans un mets délicieux appelé aluk — font partie des joies de l’été dans une collectivité inuite. Les baies jouent aussi un rôle essentiel dans l’écosystème arctique comme source de nourriture pour divers animaux. Toutefois, malgré leur importance, bien des questions sur la production de baies demeurent sans réponse. Cet été, Noémie Boulanger-Lapointe, doctorante en géographie à l’Université de la Colombie-Britannique, travaille avec des Inuits à Arviat et à Kugluktuk (Nunavut) pour tenter d’éclaircir la question.

Elle examine les lieux de cueillette du bleuet, de la camarine noire, de la canneberge et de la plaquebière afin de comprendre pourquoi certaines talles sont plus productives que d’autres? Quels usages en font les animaux? Quelle est l’incidence des changements climatiques? « Il est important pour les gens d’avoir des talles de baies en santé, pour leur usage personnel et comme aliment pour la faune », explique Boulanger-Lapointe. « Ils veulent savoir quel est l’effet des changements climatiques sur les baies et comment la pollution influence leur qualité. » Ses travaux s’inscrivent dans une étude au long cours qui recueille et analyse des données sur les baies au Nunavut, au Nunavik et au Nunatsiavut, en collaboration avec l’Université du Québec à Trois-Rivières et l’Université Memorial (Terre-Neuve).

La jeune chercheuse donne aussi l’occasion à des étudiants inuits du secondaire de mener des expériences scientifiques. « Ils vont faire de la recherche », explique-t-elle. « Ils exécuteront des protocoles scientifiques normalisés — travail en équipe, sélection des lieux à étudier et échantillonnage aléatoire — pour procéder à l’analyse de leurs données avec celles recueillies dans d’autres collectivités. Nous allons aussi prélever et analyser des excréments pour identifier les animaux qui consomment les baies. »

Boulanger-Lapointe exploite pleinement l’expertise locale : elle invite les aînés à partager leurs connaissances des baies et de la terre avec les étudiants. « La plupart [des aînés] seront probablement des femmes », explique-t-elle. « Traditionnellement, les femmes faisaient la cueillette des baies. Aujourd’hui, beaucoup d’hommes s’y adonnent, mais les femmes sont encore les principales cueilleuses. »

« Ce projet est valorisant », dit Boulanger-Lapointe. « La science s’amène dans les collectivités pour y servir les intérêts communautaires. En outre, les chercheurs ont l’occasion d’interagir avec les enfants et de leur parler de science, et les aînés peuvent transmettre leurs connaissances de la terre aux chercheurs et aux enfants inuits. Il s’agit d’un dialogue d’une grande richesse. »

Voici le plus récent billet d’un blogue sur les questions polaires et la recherche connexe présenté par Canadian Geographic en partenariat avec la Commission canadienne des affaires polaires. Le Blogue polaire sera affiché en ligne toutes les deux semaines et certains billets seront publiés dans de prochains numéros du magazine. Pour de plus amples renseignements sur la CCAP, veuillez visiter polarcom.gc.ca.