• Le goéland bourgmestre. (Photo: Alastair Rae/Wikimedia Commons)
    Le goéland bourgmestre. (Photo: Alastair Rae/Wikimedia Commons)

Jonathan Verreault sait par expérience à quel point l’Arctique est lié au reste de la planète. Le biologiste, titulaire de la chaire de recherche du Canada en toxicologie comparée des espèces aviaires à l’Université du Québec à Montréal, a trouvé des ignifugeants chimiques, fabriqués surtout en Chine, dans les tissus d’oiseaux marins sur l’île de Baffin (Nunavut).

Les ignifugeants réduisent le risque d’incendies résidentiels et de bâtiments; en Amérique du Nord, depuis l’adoption d’une loi californienne en 1975, on les a ajoutés aux textiles, aux meubles rembourrés et autres produits. Depuis plus de trente ans — jusqu’à la découverte de leur toxicité et de leur accumulation dans les tissus biologiques — les ignifugeants les plus courants étaient les PBDE (éthers diphényliques polybromés). Depuis 2006, ils sont interdits au Canada.

Des traces de PBDE, qui se dégradent difficilement, se retrouvent maintenant dans l’environnement à l’échelle planétaire. Après leur interdiction, on les a remplacés par d’autres substances — éventuellement néfastes. « Nous savions que les PBDE étaient largement répandus dans le Sud et présents dans l’Arctique », dit Verreault. « Nous voulions savoir si les nouveaux ignifugeants qui sont une préoccupation environnementale sont aussi présents dans l’Arctique — et le cas échéant, quel est le taux d’accumulation dans les oiseaux marins au sommet de la chaîne alimentaire marine. »

Verreault et ses collaborateurs, financés par le Programme de lutte contre les contaminants dans le Nord d’Affaires autochtones et du Nord canadien, ont choisi comme sujet de recherche le goéland bourgmestre, près de Cape Dorset. « Le goéland bourgmestre est une bonne espèce bioindicatrice à étudier, car c’est un prédateur de niveau trophique supérieur », explique Verreault. « Tout contaminant organique dans ses proies passera dans son organisme et s’y accumulera, à l’occasion à des concentrations élevées. En outre, ces goélands sont nombreux à Cape Dorset et nichent sur des îles, ce qui veut dire qu’ils sont généralement accessibles. » L’équipe de Verreault a collaboré avec l’association des chasseurs et des trappeurs de la région qui a embauché deux pêcheurs pour collaborer au projet : « Ils étaient nos yeux sur le terrain — des experts de l’habitat, avec ses nombreuses îles, et des déplacements sécuritaires en fonction des changements dans les conditions de la glace. »

À l’examen des oiseaux dans son laboratoire de Montréal, Verreault n’a pas été surpris de constater des concentrations élevées de PBDE interdits dans leurs tissus, vu l’omniprésence de ces composés chimiques, mais il ne s’attendait pas à découvrir la présence d’ignifugeants moins courants qui remplacent maintenant les PBDE dans de nombreux produits de consommation. « Le bal est lancé pour ces produits de remplacement », dit-il. « Nous les détectons dans l’Arctique. Les quantités sont faibles, mais nous les avons trouvés chez tous les oiseaux. »

Comment ces produits chimiques se retrouvent-ils si loin de leur point d’origine? Le vent et les courants océaniques sont les plus grands responsables. Mais il pourrait aussi y avoir quelques sources locales, comme des décharges à ciel ouvert dans les collectivités nordiques où les goélands sont contaminés par l’ingestion d’un repas facile.

Verreault examine maintenant des goélands dans la région de Montréal pour comprendre comment ces substances modifient le fonctionnement de l’organisme. Jusqu’à présent, les résultats suggèrent un lien possible entre l’exposition aux PBDE et une perte de densité osseuse.

Mais des signes indiquent que la situation pourrait s’améliorer. Les fabricants n’aiment pas les ignifugeants, car ils sont coûteux et complexes; et, grâce à la pression du public, la Californie a changé ses normes. Conséquemment, le recours aux ignifugeants va probablement diminuer. « Il s’agit d’une bonne nouvelle », dit Verreault. « Mais nous savons que ces substances sont présentes dans l’environnement arctique et y seront pendant encore des années. Il y a beaucoup à faire pour comprendre leur devenir dans ces écosystèmes — et, encore plus important, leurs effets biologiques. » Il espère retourner à Cape Dorset en 2016 pour poursuivre ses recherches.

Voici le plus récent numéro d’une série de blogues sur les questions polaires et la recherche connexe présentée par Canadian Geographic et Savoir polaire Canada. Le Blogue polaire est publié en ligne toutes les deux semaines et certains blogues sont mis en vedette dans Canadian Geographic.

Savoir polaire Canada est une nouvelle organisation de recherche fédérale qui provient de la fusion de l’ancienne Commission canadienne des affaires polaires et du projet de la Station canadienne de recherche dans l’Extrême-Arctique d’Affaires autochtones et Développement du Nord Canada. Pour en savoir davantage, veuillez consulter canada.ca/fr/savoir-polaire.