• Les élèves montrent leurs pochettes surprises qu’ils ont reçues de la Garde côtière canadienne en tant que composante de leur trousse de bienvenue au programme Adopter un navire. (Photo: Sean Pollitt)

Quelles sont les plus hautes vagues que vous avez vues? Avez-vous déjà sauvé une vie? Quelle est la puissance d’un hélicoptère?

Voilà quelques-unes des questions posées par les élèves de la 6e année durant le programme pilote Adopter un navire. Créé par la Garde côtière canadienne (GCC) en collaboration avec Éducation Canadian Geographic, le programme a associé des classes à des équipages à bord de navires de la GCC pour donner lieu à des expériences d’apprentissage interactives pour des élèves d’école primaire.

« Nous voulions vraiment leur donner un aperçu de ce à quoi pourrait ressembler une carrière au sein de la Garde côtière, souligne Cathy Salter, directrice du personnel opérationnel et de la génération des forces de Pêches et Océans Canada. Nous voulions qu’ils en apprennent davantage sur la sécurité maritime, l’environnement, l’importance du transport pour l’économie — tous les genres de domaines auxquels les gens ne pensent pas généralement, bien que nous soyons une nation maritime. »

Le programme pilote Adopter un navire, qui s’est déroulé de février à mars, a assigné des bateaux de la GCC à deux classes. Les élèves suivaient « leur » navire et communiquaient directement avec l’équipage au cours des deux mois. Le John P. Tully, un navire hauturier de science océanographique qui est en fonction sur le littoral de la C.-B., a été jumelé à une classe anglophone de Victoria (C.-B.), alors que le Martha L. Black, un bateau qui patrouille dans la voie maritime du Saint-Laurent, a travaillé avec une classe francophone de Drummond (N.-B.).

« Le projet leur a réellement montré un autre type de carrière. Nous sommes situés dans une région rurale où l’agriculture et les activités forestières sont dominantes, et cela était une occasion pour mes élèves d’explorer des carrières liées à l’eau et la navigation, précise Daniel Martin, l’enseignant du Nouveau-Brunswick de l’École Mgr-Lang. J’estime que nous devons enseigner à nos enfants à avoir l’esprit ouvert à tout ce qui existe en ce monde. S’ils n’ont pas la possibilité de voir ce qui se trouve ailleurs, ils n’envisageront pas de sortir de leur collectivité. »

Par le passé, la Garde côtière a mené des activités de sensibilisation destinées aux élèves du secondaire. Or, à cet âge, il est trop tard pour beaucoup d’élèves d’obtenir les exigences nécessaires pour être admis au Collège de la Garde côtière ou à d’autres programmes semblables dans le pays parce qu’ils manquent des crédits essentiels en mathématiques ou en sciences. Plus récemment, la Garde côtière a réorienté ses efforts pour travailler avec les plus jeunes.

« Une des choses que nous avons remarquées est que, quand les enfants pensent à ce qu’ils veulent faire dans la vie, ils ne savent pas qu’il y a de bons emplois offerts dans l’industrie maritime, ou quels sont ces emplois. Donc, ils ne songent pas aux genres de cours qu’ils devraient suivre à l’école », explique Cathy Salter.

Dans le programme Adopter un navire, les élèves ont envoyé des questions chaque semaine à leur équipage de bateau ainsi que des activités réalisées dans un journal de bord portant sur des thèmes tels que la sécurité maritime et la navigation. La gamme de sujets abordés au cours du programme fournissait non seulement des perspectives sur le travail de la Garde côtière, mais établissait des liens avec ce que les enseignants devaient couvrir dans le programme scolaire de leur province.

Les liens à la géographie, entre autres la protection environnementale et la patrouille frontalière, sont évidents, mais les enseignants ont trouvé d’autres façons uniques d’intégrer ce que leurs élèves apprenaient. Martin a appris à ses élèves du vocabulaire nouveau dans le cours de français, tandis que dans le cours de mathématiques, ils ont calculé la consommation d’essence de leur navire et ont comparé celle-ci avec la consommation d’une voiture moyenne en une semaine.

Sean Pollitt, l’enseignant de l’école Colquitz Middle School en C.-B. qui participait, avait demandé à ses élèves d’utiliser un système de circulation maritime en ligne pour suivre leur bateau chaque semaine. Ils se sont servis de Google Maps pour dresser une carte des divers groupes autochtones en Colombie-Britannique et ils ont parlé de la façon dont la connaissance locale directe de ces peuples soutient les travaux de la Garde côtière. Les élèves ont également appris sur le rôle de la Garde côtière sur le plan international en analysant les incidences des voies de navigation mondiales sur le commerce.

« Une des activités consistait à tracer une carte de la provenance de votre dîner. Les élèves observaient les différentes routes maritimes et comprenaient le rôle du canal de Suez ou du canal de Panama dans le transport de biens et d’approvisionnements partout dans le monde : c’était nouveau pour eux, note Sean Pollitt. Le fait d’utiliser la technologie pour les mettre en relation avec ces notions était un moyen puissant de cimenter cet apprentissage. »

Toutefois, le point saillant du programme n’était pas les activités pratiques ou les outils interactifs : c’était la possibilité de parler directement avec des gens qui travaillent à la Garde côtière. Les deux classes ont eu plusieurs rencontres virtuelles, qui comprenaient des séances avec le Collège de la Garde côtière canadienne, le Centre des opérations régionales du port de Victoria et le personnel de la Garde côtière sur le terrain. La classe de Martin a eu la chance de parler au capitaine Stéphane Julien du Martha L. Black.

Le navire Martha L. Black de la GCC en mer. (Photo : Garde côtière canadienne)

« Les enfants posent des questions très réfléchies et se penchent sur des choses simples, affirme Stéphane Julien. Il y a toujours des questions qui arrivent par surprise, et on se demande comment cette petite personne a songé à cela. S’ils n’ont pas la réponse, ils vont tenter d’y répondre. Le travail avec les enfants est toujours amusant : ils sont honnêtes et intéressés. »

Le capitaine Julien est fasciné par la mer depuis qu’il est un jeune garçon, et sa mère lui lisait des livres sur Amundsen et la course vers le pôle Sud. Il avait également un oncle qui travaillait avec la Garde côtière vers la fin des années 1960 et qui tournait des films familiaux qui ont inspiré Julien, alors âgé de neuf ans, à devenir capitaine sur un brise-glace. En tant que personne ayant fait de ses rêves une réalité, Stéphane Julien apprécie l’importance de ces expériences de la petite enfance et comment celles-ci peuvent façonner la vie et le parcours de carrière d’un individu.

« Quand vous discutez avec des enfants, vous ne savez jamais où votre influence s’arrêtera. C’est ce que les enseignants ont le privilège de faire, poursuit Stéphane. Un petit garçon ou une petite fille au fond de la salle ne pose pas nécessairement de questions, mais il ou elle s’intéresse à un aspect dans ce que vous avez dit. Et ensuite, c’est tout comme une graine que vous plantez et elle continuera à se cultiver. »

La Garde côtière et les élèves attendaient avec impatience ces occasions de communiquer via des appels Zoom. Il y avait des défis logistiques puisque les navires en fonction peuvent être appelés d’urgence à tout moment pour des opérations de recherche et de sauvetage, mais les deux classes ont réussi à obtenir un aperçu des coulisses de la vie à la Garde côtière.

« J’ai adoré le programme Adopter un navire parce que j’ai pu découvrir de nouvelles aventures et apprendre sur ce que le Martha L. Black fait », soutient Michaël, un des élèves de Martin.

Il y avait beaucoup de navigateurs et ingénieurs en herbe parmi les élèves, et nombre d’entre eux ont commencé à comprendre la mécanique des navires, posant des questions sur le fonctionnement de l’embarcation et les responsabilités des gens à bord. Une autre élève de Martin, Sunnie, a dit qu’elle était fascinée par tous les ordinateurs à bord lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle préférait.

Qu’il s’agisse d’histoires de l’impressionnante puissance de la nature ou des tempêtes extrêmes, des clameurs organisées dirigeant le trafic maritime à un des ports les plus achalandés au pays, ou encore, des activités quotidiennes à bord d’un navire, les élèves ne pouvaient pas avoir assez de ces séances à leur goût.

« Ils aimaient vraiment les Appels Zoom et en voulaient davantage, note Martin. Mes élèves pouvaient établir des liens avec eux puisque c’était conçu pour leur niveau. »

En raison des restrictions imposées par la COVID-19, les enseignants ont eu de la difficulté à organiser des sorties scolaires ou des expériences au-delà de la classe. Le programme Adopter un navire a offert aux élèves une manière virtuelle de communiquer avec des professionnels dans le champ et de se servir de certains des mêmes objets dont ils se servent chaque jour. Le programme était conçu au départ pour comporter un élément de contact direct, permettant ainsi aux classes de visiter leurs navires respectifs, qui a dû être annulé pour des raisons de sécurité. Toutefois, ces plans pourraient avoir lieu puisqu’il y a déjà des discussions pour étendre le programme fondé sur son déroulement prometteur.

Le Canada possède le plus long littoral du monde et ses cours d’eau sont riches en vie marine, ce qui a servi de toile de fond à une histoire qui est très liée à la vie côtière, l’exploration et l’environnement. Aujourd’hui, la Garde côtière canadienne joue un rôle vital dans la protection de l’environnement, le soutien au commerce international, et plus encore. Le programme Adopter un navire donne la chance aux élèves d’effleurer les pieds dans un monde au-delà de leurs expériences quotidiennes.

« En ce qui concerne les leçons à tirer, les possibilités d’emplois potentiels qui ont été montrées aux élèves, et qu’ils ne considéraient pas comme des options furent révélatrices, affirme Sean Pollitt. Elles montraient aussi une perspective humaine de la Garde côtière : les gens qui y travaillent proviennent de tous les milieux ou tout parcours de carrière et intègrent leurs compétences variées pour aider à maintenir nos frontières et à veiller à la sécurité de la navigation en mer. »

La classe de Sean Pollitt témoigne son appréciation en épelant « Thank you » (merci) à l’aide de cartes de drapeaux de signalisation maritime. (Photo: Sean Pollitt)