• Photo: Laura Wheeland

Les Inuits de Grise Fiord (Nunavut) savent que les eaux glaciales du détroit de Jones voisin — libérées de la glace seulement six semaines par année — regorgent de vie. Ils connaissent bien les phoques, les morses, les baleines et les ours polaires avec qui ils partagent le détroit et qui sont source de nourriture. Mais qu’en est-il des autres créatures qui se cachent dans les profondeurs? Certaines de ces espèces benthiques seraient-elles assez abondantes pour compléter le régime alimentaire des 130 résidents de Grise Fiord ou même permettre une petite pêcherie commerciale comme celles de plusieurs autres collectivités inuites?

Pour répondre à cette question, la biologiste marine Laura Wheeland (Centre for Fisheries Ecosystems Research au Fisheries and Marine Institute de l’Université Memorial de Terre-Neuve) a collaboré avec l’Arctic Fisheries Alliance, regroupement de quatre collectivités du Nunavut. Les découvertes de son équipe ont soulevé l’enthousiasme à Grise Fiord et contribuent à combler des lacunes dans nos connaissances sur l’environnement arctique. « Le détroit de Jones est très vaste et son écosystème est inexploré », explique-t-elle. « Le seul signalement d’une espèce concerne une collection d’invertébrés benthiques par des scientifiques norvégiens vers 1900. » (Ces scientifiques étaient membres de l’expédition de l’explorateur norvégien Otto Sverdrup de 1898 à 1902.)

Pendant près de deux semaines à l’été 2014, Wheeland et le doctorant Brynn Devine ont sondé les eaux du détroit de Jones à bord du navire de pêche Kiviuq I de l’Arctic Fishery Alliance, dont l’équipage comptait un résident de Grise Fiord. « Chaque jour », dit Wheeland, « l’équipage installait des palangres et des casiers à buccin appâtés avec du calmar et, 12 à 24 heures plus tard, revenait pour vérifier les prises. Brynn et moi étions à bord pour identifier les prises et recueillir des données. En outre, nous avons mesuré la température de l’eau jusqu’à 850 mètres de fond et recueilli du zooplancton et des espèces benthiques. »

Les résultats sont encourageants pour les chercheurs et la communauté. Il appert que les eaux glaciales du détroit de Jones accueillent une incroyable myriade de créatures sous-marines : étoiles de mer, araignées de mer, anémones de mer, d’étranges créatures benthiques appelées scotoplanes (photo), cottes polaires, raies de l’Arctique, requins du Groenland, flétan du Groenland et de grandes quantités de buccins (limaces de mer) et de crevettes.
« Nous avons maintenant des données de base sur l’environnement marin du détroit de Jones », explique Wheeland. « La nature des poissons, leur emplacement, la température, la chimie, etc. Par une surveillance à long terme, nous pourrons mesurer les changements qui s’opèrent dans l’écosystème. »

Toutefois, pour les gens de Grise Fiord, la grande nouvelle c’était les crevettes. Un festin communautaire mettant en vedette ces crustacés locaux nouvellement découverts a connu un franc succès. Les crevettes du détroit de Jones sont succulentes (« très sucrées », dit Wheeland avec enthousiasme) et, tout comme les buccins, elles sont peut-être assez abondantes pour permettre une pêcherie locale — un coup de pouce pour une petite collectivité qui a peu de sources de revenus. « Les gens désirent mieux comprendre cette nouvelle ressource locale », ajoute Wheeland. « Ils commandent des marmites à crevettes pour en apprendre davantage. »

Voici le plus récent billet d’un blogue sur les questions polaires et la recherche connexe présenté par Canadian Geographic en partenariat avec la Commission canadienne des affaires polaires. Le Blogue polaire sera affiché en ligne toutes les deux semaines et certains billets seront publiés dans de prochains numéros du magazine. Pour de plus amples renseignements sur la CCAP, veuillez visiter polarcom.gc.ca.