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Maude Barlow

PHOTO : TONY FOUHSE
 
Durant la préparation de son livre L’Or bleu, Maude Barlow parcourut le monde pour recueillir différents points de vue sur l’importance de l’eau. Chemin faisant, elle visita une petite ville mexicaine au nord de Tijuana. C’était une ville sans eau courante que seul un ruisseau nauséabond traversait. À la demande d’un accompagnateur, l’auteure trempa un crayon dans le ruisseau; lorsqu’elle l’en retira, la peinture qui le recouvrait avait disparu sous l’action du mélange dégoûtant d’eaux usées brutes et de résidus chimiques qui s’écoulait dans le ruisseau en provenance d’une maquiladora.

En l’absence d’une source d’eau potable, la communauté dépendait pour sa survie de livraisons d’eau aux deux semaines. « Pas une goutte n’était perdue, se rappelle Maude Barlow. L’eau servait en premier lieu pour la consommation humaine, ensuite pour le lavage et la lessive, et enfin pour la consommation animale et l’arrosage des potagers. Je vis dans une maison canadienne typique, et j’ai sept sorties d’eau. Au Canada, ça va de soi. »

Et comment! Dans un pays où l’eau coule à flot à l’ouverture d’un robinet, peu de gens s’inquiètent du sort de notre ressource la plus vitale. Maude Barlow émet toutefois une mise en garde :  « Quand je vois à quel point l’accès à l’eau est problématique dans les pays en développement, je me dis que nous ne sommes peut-être pas si loin d’une telle situation. » Soucieuse de conscientiser la population canadienne à la vulnérabilité des réserves d’eau mondiales et de nous inciter à prendre soin de nos propres ressources, Maude Barlow lança un cri d’alarme en 2002 avec L’Or bleu, un succès de librairie traduit en plusieurs langues. Cette année, elle récidive avec Blue Covenant qui annonce l’imminence d’une crise de l’eau.

Maude Barlow bataille depuis près de 25 ans sur le front de la défense des droits des Canadiens et de la souveraineté canadienne. Elle est membre fondatrice du conseil d’administration du Conseil des Canadiens, qu’elle préside depuis 1988. Surnommée la Ralph Nader du Canada, elle s’est fait remarquer par ses prises de position contre le libre-échange à la fin des années 80. Mais la dimension environnementale des causes économiques, sociales ou culturelles qu’elle épouse n’est pas toujours évidente aux yeux de tous. « L’environnement a toujours éclairé ma compréhension des enjeux qui pèsent sur le Canada, confie-t-elle. Il était tout naturel que je m’accorde avec les environnementalistes. »

Maude Barlow s’est attaquée à toutes sortes de dossiers comme l’usage des pesticides, la salubrité des aliments, la sécurité alimentaire et la politique énergétique. Elle défend vigoureusement les droits des familles marginalisées de Sydney (Nouvelle-Écosse) qui luttent pour la dépollution des sites de fours à coke du cap Breton, et elle a mené une campagne victorieuse contre l’autorisation des hormones de croissance en élevage bovin laitier au Canada. Auteure ou coauteure de 16 ouvrages, elle est aussi la fondatrice du projet Planète bleue, une initiative internationale contre la marchandisation et la privatisation de l’eau douce. La philosophie de Maude Barlow et son action politique portent essentiellement sur les conséquences de notre mode de vie et du comportement des pouvoirs publics pour le Canada d’aujourd’hui et de demain.

Maude Barlow est un être bienveillant qui a acquis de haute lutte une compréhension profonde du Canada. Son action dans le mouvement féministe a largement influencé ses valeurs politiques. Au début des années 80, elle dirigea le Bureau de promotion de la femme à Ottawa et fut ensuite invitée par le premier ministre Pierre Trudeau à concevoir le programme politique du gouvernement concernant l’égalité des femmes. « Ce travail m’a donné une vue d’ensemble, confie-t-elle. J’ai pris conscience des obligations familiales des femmes et de ce qu’elles subissent lorsque des ressources essentielles comme l’eau viennent à manquer. Je reviens en quelque sorte à mon point de départ. »

Pendant que certains environnementalistes manœuvrent avec audace sur le terrain au nom de la conservation, Maude Barlow affronte courageusement les pouvoirs publics et les grandes sociétés pour protéger nos ressources. « L’ALÉNA a des implications environnementales, affirme-t-elle. Les accords commerciaux internationaux se négocient en coulisse; ce sont des traités sournois qui entraînent des poursuites judiciaires. Ils ré-duisent au minimum les restrictions et les entraves au commerce sous prétexte d’uniformiser les règles du jeu, mais c’est du nivellement par le bas. »

Pour Maude Barlow, cette uniformisation des règles presse les pays participants d’introduire des technologies et des produits douteux – comme les organismes génétiquement modifiés – dans la chaîne alimentaire. Elle entraîne l’assouplissement des normes de contrôle des pesticides et l’augmentation des quotas d’émission de gaz à effet de serre. L’ALÉNA a établi des précédents qui justifient la poursuite et l’expansion des échanges commerciaux, même quand les ressources diminuent, et aucun mécanisme ne permet d’imposer le développement durable ou d’accorder aux Canadiens un accès prioritaire à leurs propres ressources. « Tout à coup, la demande menace la sécurité énergétique au risque d’entraîner de graves conséquences environ- nementales. De nouveaux horizons sont ouverts à l’exploitation, comme le Nord, les fonds de pêche de l’Est et les sables bitumineux. Ce qui arrive avec l’énergie pourrait arriver aussi avec l’approvisionnement en nourriture et en eau. » L’incurie des pouvoirs publics, craint-elle, risque de mettre le Canada à sec. À l’heure où les grandes sociétés plaident pour la privatisation des sources d’approvisionnement locales et où les entreprises d’embouteillage marchandisent une ressource vitale, notre eau pourrait très bien tomber sous l’emprise de nos voisins du Sud avec le reste de nos ressources.

De fait, l’eau est menacée de toutes parts. La dégradation des eaux de surface défraie la chronique depuis des années : pas moins de 1 500 avis d’ébullition sont en vigueur chaque jour au Canada. Dans Blue Covenant, Maude Barlow écrit que le volume des eaux usées brutes déversées annuellement dans les cours d’eau du Canada couvrirait la longueur de l’autoroute transcanadienne sur une hauteur de six étages. « Empoisonner notre eau équivaut à empoisonner notre sang, prétend-elle. Deux millions de personnes meurent d’une maladie hydrique chaque année dans le monde. Nous subissons les conséquences de nos gestes. Il y a un prix à payer pour se croire au-dessus de la nature. »

À cause de la contamination des eaux de surface, nous siphonnons imprudemment les réserves d’eaux souterraines plus vite que le cycle hydrologique ne peut les régénérer. Qui plus est, nous utilisons d’immenses quantités d’eau pour produire les biens que nous vendons sur les marchés internationaux, le réchauffement planétaire fait fondre les glaciers (qui contiennent la moitié des réserves mondiales d’eau potable), et les sécheresses et les pénuries d’eau sont monnaie courante. La crise de l’eau, observe Maude Barlow, frappe déjà une partie des États-Unis et des pays en développement, si bien qu’au rythme actuel de décroissance des taux de précipitations nivales et de fonte des neiges, le lac Lake Mead – le plus grand lac et réservoir artificiel aux ÉtatsUnis – aura disparu dans moins de dix ans; le déclin de la rivière Colorado est alarmant. « Il y a 23 millions de puits forés en Inde, observe-t-elle. Vous croyez avoir assez d’eau, mais à cause du pompage exponentiel, vous vous levez un matin et, dans l’espace d’une nuit, toute l’eau a disparu. »

Si nous voulons sécuriser notre approvisionnement en eau, estime-t-elle, nous devons renoncer au mythe de l’abondance. « On s’imagine que l’eau se consomme sans modération : on lave nos autos, on laisse des bouteilles d’eau à moitié vides dans les salles de réunions, on fait partir la toilette à chaque usage. Mais on a tort. On doit conserver nos réserves d’eau, renoncer à l’eau embouteillée, acheter des aliments et des produits locaux, et surtout lutter contre la pollution de l’eau et la privatisation des sources d’approvisionnement locales. »

Toute activité humaine doit être orientée vers la conservation de l’eau. Il est primordial que chacun fournisse sa part d’efforts, mais les champions de la surconsommation restent les secteurs de l’agroalimentaire et de la fabrication, et celui de l’énergie, qui utilise des centaines de millions de litres d’eau pour l’exploration et la production pétrolières. « Il faut mesurer tout ce que l’on cultive, produit et achète. Le statu quo n’est pas viable. Les grandes sociétés que cette conjoncture interpelle devraient participer à l’élaboration d’une réglementation assortie de normes. »

Reste à savoir à qui appartient l’eau. Qui est maître de cette ressource vitale? La législation canadienne sur l’eau a plus de 20 ans, et même Environnement Canada annonce l’imminence d’une crise de l’eau dans un rapport paru en 2005. « Le Canada doit adopter une loi sur l’eau pour protéger ses ressources et reconnaître l’accès à l’eau comme un droit fondamental, conclut Maude Barlow. Pensons-y. Nous ne pouvons pas rester indifférents. Faisons valoir notre inquiétude; c’est une question de vie ou de mort. »



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