John McCarthy | Allan Saganash Jr.
Peter Schleifenbaum | Margo Sheppard





L'amour de la terre est venu tout naturellement à John McCarthy, un natif de Terre-Neuve dont l'enfance a été entourée des splendeurs de la nature et empreinte d'une solitude contemplative. Vocation scientifique précoce, McCarthy a gagné ses diplômes en foresterie et en science du sol avant de répondre à un autre appel tout aussi pressant. En 1995, il était ordonné Jésuite.

Pour McCarthy, science et religion sont une expression mutuelle de sa passion pour la nature. Sa recherche de doctorat sur le bassin hydrographique de la rivière Main, à Terre-Neuve, a conféré une toute autre dimension au débat sur l'abattage du bois dans la région. McCarthy a fait une découverte stupéfiante : les petits peuplements arboricoles de cette région renferment la plus vieille végétation forestière connue au Canada. Cette découverte a donné lieu à la création d'un groupe scientifique composé de représentants de la Corner Brook Pulp and Paper Limited et du Sierra Club du Canada, dont le mandat est d'évaluer l'importance écologique de la région et d'établir un mode d'exploitation forestière durable. Les militants ont souscrit aux révélations de McCarthy et ils comptent bien que cette découverte, ainsi que la diversité et l'abondance de la faune sur les versants du bassin hydrographique de la Main, constitueront des arguments de poids contre l'abattage du bois dans cette région.

« Nous n'avons pas créé ces forêts, de dire McCarthy. On nous en a confié la garde pour que nous puissions les apprécier à l'abri de toutes les convoitises, de tous les égoïsmes et de toutes les cupidités. Nous en tirerons bien plus de profit en les laissant intactes. »

"We didn't create these forests," McCarthy says. "They are gifts for us to appreciate without covetousness, avarice or greed. We are benefited most by leaving them alone."

Allan Saganash fils a l'habitude des bouleversements. À l'âge de 52 ans, il a été témoin de l'incidence dévastatrice de l'exploitation minière, hydraulique et forestière sur le mode de subsistance des Cris du Nord du Québec. « Notre identité, c'est la forêt, déclare-t-il. Je rêve de protéger la forêt et le mode de vie cri. » Depuis 1978, Allan Saganash travaille pour la Première Nation crie Waswanipi afin de réaliser son rêve de combler le fossé qui existe entre les pratiques de gestion forestière actuelles et les besoins de son peuple.

Saganash a réussi à faire participer toutes les neuf compagnies forestières à des consultations directes avec les trappeurs cris, ce qui a permis de conclure une entente temporaire sur l'expansion à donner aux peuplements forestiers qui bordent les cours d'eau et sur la protection des sites funéraires et sacrés des Cris. Ces consultations ont donné lieu cette année à une entente historique entre la Nation crie du Québec et le gouvernement québécois, entente qui reconnaît le mode de vie traditionnel des Cris, confère une plus grande importance au développement durable et garantit des modalités de consultation entre les intéressés.

En 2001, M. Saganash a participé au développement de la seule forêt modèle aborigène au Canada, modèle qui favorise le développement durable. Ce dernier fournit une structure qui permettra de bonifier l'entente conclue avec le gouvernement du Québec. « Je crois que l'industrie forestière ne pourra jamais s'accommoder du mode de vie des Cris, déclare-t-il. Mais il est certes possible d'amortir les conséquences de l'exploitation industrielle par des modalités de consultation entre toutes les parties concernées. »

La réserve forestière et faunique de Haliburton, une réserve unique en son genre appartenant à Peter Schleifenbaum, prouve qu'il est possible de faire cohabiter un système forestier en santé et une entreprise forestière florissante.

Modèle mondial de forêt durable, la forêt de Haliburton est située entre les Grands Lacs et les régions forestières boréales du centre de l'Ontario. Cette terre boisée de 24 000 hectares, peuplée d'un riche mélange de feuillus et de conifères, est parsemée de lacs, de terres humides et de falaises. Même si la région fournit « le couvert et le gîte » à des douzaines d'espèces sauvages, elle est également le foyer d'une entreprise d'exploitation de la pruche du Canada qui produit les bâtiments pièces sur pièces EcoLog, du bois d'œuvre et de la fibre ligneuse. La forêt de Haliburton abrite un centre de protection du loup et est dotée d'installations éducatives; elle est également, toute l'année durant, la Mecque des randonneurs, des pêcheurs à la ligne, des naturalistes, des amateurs d'excursions en traîneau à chiens et des campeurs. Cette vocation multiple en fait une pièce maîtresse de l'emploi écologiquement durable au sein de la communauté environnante.

En 1998, la forêt de Haliburton a été la première forêt canadienne « accréditée » par l'International Forest Stewardship Council pour ses pratiques écologiquement et socialement profitables. Cela confirme la qualité écologique des méthodes forestières de Peter Schleifenbaum qui a rétabli une terre laissée comme perte totale par l'industrie lorsqu'il en a pris la relève il y a 12 ans. Ce faisant, il est parvenu à la ramener à son niveau de complexité écologique d'avant le début de l'abattage commercial, dans les années 1860. « La foresterie est un art, déclare-t-il. Nous surveillons constamment l'évolution des relations entre les divers éléments de l'écosystème. Notre but est de rentabiliser la forêt à perpétuité. »

En déménageant dans l'Est du pays en 1995, la militante Margo Sheppard a laissé derrière elle les excentricités de cette marmite sous pression qu'est la politique ontarienne pour un monde plus terre à terre. Après 21 ans de militantisme, Mme Sheppard éprouve toujours la même passion pour son travail et pour la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick, qui lui a permis d'apporter des changements durables. Depuis 1996, elle s'efforce de préserver les nombreuses régions de sa province qui ont une valeur biologique, géologique et esthétique particulière.

Margo Sheppard fait valoir l'importance d'une démarche proactive qui embrasse aussi bien l'étude des espèces végétales et animales indigènes que l'éducation et la sensibilisation des propriétaires locaux. Mais elle convient que le moyen le plus sûr de protéger les espaces naturels, c'est d'en acquérir la propriété. Comme elle l'a fait observer d'un air un peu désabusé : « Il ne faut pas oublier que la Fondation ne crée pas de nouvelles terres. » Depuis son lancement en 1997, la Fondation a acquis en tout et pour tout 17 propriétés foncières importantes sur le plan écologique.

Une autre partie vitale de la stratégie de son groupe est de convaincre de simples citoyens de constituer leurs propres réserves écologiques. Font partie des caractéristiques uniques de la province, la proximité des États-Unis et une concentration, près de la baie de Fundy, de propriétaires américains qui comprennent l'importance d'une « fiducie foncière perpétuelle ». « Proposez une vision de l'avenir et cette vision peut se concrétiser un jour, de dire Mme Sheppard. Peut-être pas immédiatement, mais dans 50 ou 100 ans. Les possibilités de conservation sont infinies. » q Cochez cette case pour retenir cette finaliste.
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