André Bélisle | Mary Griffiths
Martha Kostuch | Citizens Stewardship Coalition







Être en communion avec les grands espaces : telle était certainement l'intention d'André Bélisle quand, avec quelques amis, il prit la route du lac Fontage, dans le nord du Québec, durant l'été de 1974. Le but avoué du voyage, cependant, était de rapporter de gros poissons. Devoir rentrer bredouille fut déjà une grande déception pour lui. Mais quand il se rendit compte, après coup, qu'il avait jeté sa ligne dans un lac « mort » — résultat des pluies acides — le grand amateur de plein-air et ancien monteur de lignes d'Hydro-Québec décida d'adhérer à tous les groupes environnementaux qu'il pouvait dénicher.

Mais, en voulant être de tous les combats, il s'aperçut que les groupes écologistes qui s'attaquaient aux problèmes du smog et des pluies acides, au début des années 1980, manquaient de cohésion. Il remédia à ce problème en créant, en 1982, l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA). Son but était de sensibiliser le public aux émissions de dioxyde de soufre et d'oxyde d'azote libérés par les combustibles fossiles utilisés dans les automobiles et les industries, et de réduire ces émissions en exerçant des pressions sur des politiciens clés. « L'action politique repose sur l'opinion publique, dit-il. Il faut informer les gens des problèmes mais aussi leur offrir des solutions. » Depuis sa fondation, l'AQLPA a largement incité le gouvernement du Québec à adopter des mesures législatives aptes à réduire les émissions nocives. La plus récente initiative du groupe porte sur les normes d'émissions elles-mêmes. « On repart en croisade d'éducation populaire, piécise M. Bélisie. L'éducation populaire, c'est le point de départ de toute action. »

Tout au long de son cheminement, Mme Griffiths s'est nourrie de nature, mais de bien d'autres choses encore. Déjà, sa mère lui avait offert un beau modèle de compassion, au-delà du cercle convenu de la famille, et la curiosité innée de Mme Griffiths pour le monde qui l'entourait devait la mener sur la voie d'une carrière axée sur le service à la collectivité. Si un doctorat en géographie obtenu en Grande-Bretagne, en 1969, lui fit gagner ses lettres de noblesse dans le monde scientifique, elle décida bientôt que sa contribution ne se limiterait pas à ses vénérables murs couverts de lierre.

La liste impressionnante de ses réalisations est déjà la preuve que Mme Griffiths peut tenir son bout avec les scientifiques du secteur de l'environnement. Mais son intérêt premier consiste à traduire et à adapter des informations techniques et réglementaires de façon à les rendre accessibles au profane. En 1988, elle a émigré à Edmonton, en Alberta, où pendant 11 ans elle a travaillé à titre d'analyste de recherche en questions environnementales pour le caucus libéral de la province. En 2000, Mme Griffiths a joint les rangs de l'équipe Energy Watch du Pembina Institute, un groupe de réflexion, d'action sociale et de consultation indépendant dont la mission est de mettre en œuvre des solutions pour le développement durable de la planète.

Son association avec ce groupe fut naturelle. L'an dernier, elle a participé aux audiences publiques relatives au projet de construction de deux centrales électriques à charbon à l'ouest d'Edmonton. « L'information confère à la population un pouvoir d'action, dit-elle. Mon rôle, tel que je le conçois, consiste à informer le public et à encourager les gouvernements et l'industrie à penser davantage à demain. » q Cochez cette case pour retenir cette finaliste.

Martha Kostuch a déménagé à Rocky Mountain House, en Alberta, en 1975. Mais son rêve de pouvoir jouir des immensités vierges du Canada prit fin brusquement en 1978, année où des promoteurs proposèrent de construire un centre de congrès et un complexe hôtelier de 300 chambres dans une zone écologiquement sensible située à proximité.

Le long chemin qu'elle parcourut afin de bloquer ce projet, en 1984, confirma Mme Kostuch dans sa vocation de militante. Connue pour sa ténacité et ses idéaux, elle a été depuis propulsée à l'avant-scène du mouvement albertain de protection de l'environnement. Elle est membre à vie de l'Alberta Wilderness Association.

La qualité de l'air est parmi les principales causes que défend Mme Kostuch. En tant que vétérinaire, elle fut préoccupée par une incidence anormalement élevée de troubles de la reproduction chez les bovins laitiers. Elle finit par établir le lien entre ces problèmes et les émissions de gaz sulfureux (gaz méthane contenant du sulfure d'hydrogène) associées au forage pétrolier et gazier. Cette découverte devait faire d'elle une critique virulente des pratiques des gouvernements et de l'industrie. Sa campagne mena finalement à une réduction des émissions.

Mme Kostuch poursuit son travail au sein de la Prairie Acid Rain Coalition ainsi qu'en siégeant à divers comités provinciaux sur la qualité de l'air, qui se penchent sur des sujets tels que le brûlage à la torche, l'électricité, les matières particulaires et l'ozone. « Je crois vraiment à ce que je fais pour protéger l'environnement », dit-elle. q Cochez cette case pour retenir cette finaliste.

Port-Alberni, en Colombie-Britannique, n'est peut-être pas la ville où l'air est le plus agréable à respirer dans l'île de Vancouver, mais ses citoyens savent où s'arrête leur tolérance. Les usines de transformation de produits forestiers ayant craché de la fumée nauséabonde depuis 50 ans, l'air de la ville était devenu un véritable sujet de plaisanterie, jusqu'à ce que des mesures législatives viennent enfin amorcer un nettoyage, il y a dix ans.

Dans ce contexte, imaginez un peu quelle fut la réaction de la population quand B.C. Hydro annonça, en novembre 2000, son intention de construire une centrale électrique à gaz de 300 millions de dollars à côté du plus grand centre commercial de la ville. Des citoyens plus dociles se seraient accommodés de cette nouvelle atteinte à la qualité de leur air. À Port-Alberni, cependant, les citoyens ont commencé par se mettre en colère, puis ils se sont organisés.

Alors que le conseil municipal s'apprêtait à approuver la proposition, les membres de la Citizens Stewardship Coalition ont réuni des milliers de signatures, créé un bulletin d'information et tenu des réunions. Bien que la campagne reposait également sur une expertise environnementale et médicale, la mobilisation des citoyens s'avéra finalement l'élément décisif. Ces derniers ont littéralement envahi les audiences du conseil sur la modification du zonage. Au cours de cinq séances, 300 d'entre eux ont manifesté leur opposition, y compris des infirmières qui avaient constaté les effets que la détérioration de la qualité de l'air avait eu sur 22 enfants décédés à Port-Alberni. « Je n'ai jamais rien vu de si inspirant », a déclaré Maggie Paquet, membre de la Coalition. Le comité chargé du projet au Bureau d'évaluation environnementale de la C.-B. a finalement exigé une étude d'impact plus approfondie. Devant une telle requête, B.C. Hydro a rapidement retiré sa proposition.
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