Québec
Au début du XIXe siècle, le Bas-Canada est l’une des régions peuplées les plus accomplies en Amérique du Nord. La croissance démographique et les terres agricoles en plein essor favorisent l’apparition d’une société rurale bien établie. La population et l’agriculture continuent de s’accroître le long des rives du Saint-Laurent et s’étendent dans le sud-ouest de la province. Dans un double mouvement, les Canadiens français progressent dans les limites des seigneuries tandis que les Britanniques occupent les cantons créés au-delà de celles-ci. Les deux groupes ont des régimes agricoles différents, les cantons, dont l’agriculture est plus orientée vers une économie de marché, prennent l’avance en matière de production.
L’un des événements importants de ce demi-siècle est la forte prépondérance, à titre de zone agricole dominante de la province, de la région de Montréal qui, du lac Saint-Pierre, se prolonge vers le sud le long du Saint-Laurent et du Richelieu. Au cours des années 1830 et 1840, des établissements non agricoles deviennent les centres d’un large éventail d’installations de services et de production dont des moulins à farine, des abattoirs, des brasseries, des tanneries et des ateliers de travail du cuir, des scieries et des ateliers de transformation du bois, des forges et des ateliers de travail des métaux, des ateliers de fabrication d’outils, et des ateliers de textiles et de vêtements. La croissance des villages, alimentée par l’expansion des services et des industries axés sur les zones rurales, contribue fortement, surtout après 1815, à la dominance de la région du Grand Montréal.
L’agriculture québécoise de la seconde partie du XIXe siècle est marquée par la poursuite et l’accélération de la transformation en une économie à agriculture mixte. De 1851 à 1891, le nombre de fermes de plus de dix acres passe de 80 000 à 125 000 environ.
En 1891, la croissance et la répartition de la production agricole dans le sud et le nord du Québec donnent lieu à deux régimes agricoles qui sont divisés par une ligne qui, de l’extrémité du lac Saint-Pierre, se prolonge en direction de Trois-Rivières et de Drummondville. Au nord de cette ligne, le peuplement et les activités agricoles demeurent dispersés tandis qu’au sud, où il y a concentration autour de la région de Montréal, la production est plus intensive et plus axée sur les grands marchés.
Les principales cultures du Québec sont l’avoine et le fourrage. On retrouve l’une ou l’autre, ou les deux, sur toutes les terres pouvant être travaillées ou chaque fois qu’il est possible de faire pousser une culture. Le fourrage et l’avoine sont les deux seules cultures appropriées aux zones marginales, mais elles constituent aussi des cultures commerciales appréciables à proximité des villes ou dans le voisinage des exploitations forestières. Elles rendent aussi possible le plus important progrès de l’économie rurale sous la forme du développement et de la diffusion de la production du beurre et du fromage. Adaptés aux marchés, tant ceux de l’intérieur que ceux de l’exportation, ces produits agricoles sont ceux dont la croissance est la plus rapide dans la province au cours des années 1880 et 1890.